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dimanche 10 avril 2016

PERFORMANCES & PERSPECTIVES

En cette ère de télécrochets et tribute albums de toutes parts qui viennent nous agresser les oreilles du soir au matin, une petite sélection de reprises live originales, étonnantes ou juste transcendantes s'impose. Parce qu'on peut faire une reprise sans pondre une grosse drouille.


Badass PJ is badass


Cette version. Cette version. Alors je sais pas si c'est parce que je suis amoureuse de PJ Harvey, ou si c'est le sens de la chanson, ou encore si c'est vraiment réel, mais je trouve cette reprise hyper sexuelle. Bref, le contraste entre leurs voix, l'ambiance générale de leurs deux univers qui se rencontrent, l'instrumentation assez minimaliste: tout est génial. Oubliez le Satisfaction des Stones, on a là affaire à un autre morceau, qui raconte une tout autre histoire. Si la version originale évoque les frustrations adolescentes d'un enfant gâté, PJ et Björk nous feraient plus penser à la lamentation d'une tueuse en série. L'art de la reprise à son apogée.


Petite remise en contexte pour les touristes: Jarvis Cocker = chanteur de Pulp, l'un des groupe phare de la scène indé britannique des 90's. Beth Ditto = chanteuse de Gossip, groupe de punk-pop-electro-meh américain. Heaven 17 = Groupe de Sheffield quelque part entre Depeche Mode et Frankie Goes to Hollywood. La performance a lieu aux NME Awards de 2007, aka le rendez-vous annuel de l'univers indé britannique où acteurs, musiciens et personnalités viennent se mettre une murge dans les règles de l'art. Cette abondance d'alcool explique peut-être la rencontre pour le moins surprenante de Jarvis et Beth, qui sont aux antipodes l'un de l'autre aussi bien physiquement qu'artistiquement. Pourtant, ça marche, ils ont l'air de s'éclater, et rendent un Temptation jouissif et survolté.


Une reprise instrumentale de Led Zep totalement hypnotique. J'adore Rodrigo y Gabriela, je suis fascinée par leur technique de percussion, et puis leur virtuosité tout court. Leur musique est bercée de plein d'influences, dans lesquelles on va souvent retrouver l'empreinte du Mexique, leur pays d'origine, et de la “musique latino” en général. Ce Stairway to Heaven fait penser à une balade nocturne dans une plaine aride, dans une chaleur humide et étouffante... j'avais promis que j'arrêtais les envolées lyriques.


Un groupe de potes qui s'éclatent, c'est communicatif.


fig. 4, avant les putes et les tables de blackjack

L'une des chansons les plus reprises que je connaisse: à mon humble avis Joe Cocker à Woodstock offre la meilleure version. Sa voix délivre une toute nouvelle dimension aux résonances gospel du morceaux, et (comme d'habitude) donne l'impression qu'il chante avec ses tripes à vif (oui oui, comme ça, déroulées sur le sol). Bon, ce n'est qu'un avis, outre la version de son créateur et celle de Joe, I Shall Be Realeased a été reprise, moult fois, et pas par les derniers des péquenauds: Joan Baez, The Byrds, Nina Simone, Paul Weller, Sting, Bobby McFerrin (par ordre de WTFisme) et bien d'autres! Alors si vous êtes comme moi et que vous avez beaucoup de temps à perdre, prenez vous un après-midi, allez toutes les écouter: j'attends votre feedback.

jeudi 7 avril 2016

WILD WILD HORSES

The Rolling Stones sont probablement l'un des groupes les plus célèbres de l'histoire de la musique, on est d'accord. Parfois, à la cinquantième écoute d'Angie, on peut se poser la question: mais pourquoi donc ? Moi-même, je doute, je m'interroge: je ne suis pas en transe en écoutant chacun de leurs morceaux – devrais-je aller me faire un petit check-up auriculaire? Ai-je perdu tout sens musical? Est-ce que je vais finir par écouter du Kendji du soir au matin, dans un pavillon de banlieue avec trois gosses insupportables et des racines apparentes dans mes cheveux jaune pisse?

Heureusement, mes remises en question existentielles s'achèvent vite devant des morceaux qui apparaissent comme des évidences. Wild Horses en fait partie. Je pense que la beauté de ce morceau a été dissertée moult fois par des gens bien plus savants que moi donc je vous épargnerai l'analyse note par note.

Wild Horses est, d'une certaine manière, une chanson écrite à trois paires de main (ça fait six mains, pour ceux qui ne suivent pas au fond).

D'abord, les deux premiers vers: "Childhood living is easy to do/ The things you wanted I bought them for you" (La vie est facile quand on est enfant/ Les choses que tu désirais, je les achetais pour toi). Ça, mes amis, c'est signé Keith Richards, qui a commencé une chanson pour son fils Marlon sans jamais la terminer. Il a donc refilé ses deux phrases à Mick Jagger, qui a écrit à la suite une chanson d'amour déchirante destinée à Marianne Faithfull, avec qui il entretenait une relation tourmentée à l'époque. Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.


Réflexion faite, ce n'est peut être pas l'illustration la plus flagrante 
des sentiments profonds qu'ils se portaient l'un à l'autre

Enfin, le refrain, qui reprend l'image la plus kitsch de tous les temps: "Wild wild horses/ Couldn't drag me away" (Les chevaux sauvages/ N'ont pas réussi à m'emporter). Vous les voyez ces chevaux blancs qui courent sur une plage au soleil couchant, le tout lourdement photoshoppé? Mais oui, vous savez, la photo de profil de votre tata Monique sur Facebook. C'était un pari très risqué que d'essayer d'en faire une chanson d'amour torturé. Et pourtant, ça fonctionne. En fait, ça ne fait pas que fonctionner: pour peu que vous ayez eu une longue journée, il y a de quoi vous retrouver roulé en boule, sanglotant sous la douche en beuglant la chanson en yaourt. Ce même refrain est d'autant plus une claque quand on sait que Mick Jagger l'a tout simplement emprunté à Marianne qui, échappant de peu à la mort après une overdose, a prononcé ces mots exacts en se réveillant.


Lady Marianne

Si vous n'y êtes toujours pas sensible, penchez-vous simplement sur la chanson elle-même: deux personnes qui s'aiment et pourtant se détruisent, cherchent à se faire du mal sans jamais réussir à se repousser. Il y a de l'amour inconditionnel, de la haine, du ressentiment, de la tendresse, de l'inquiétude, et une forme très particulière de colère fatiguée. C'est peut-être une chanson de rupture ("Faith has been broken, tears must be cried/ Let's do some living after we die"), ou peut-être l'acceptation d'un homme qui sait qu'un tourbillon de chagrin et de tourment l'attend mais refuse d'abandon- C'EST LA PLUS BELLE CHANSON DU MONDE C'EST UN PUTAIN DE CHEF-D'OEUVRE OKAY? Hum.



Wild, wild horses we'll ride them some day


Memento mori, bitches

lundi 4 avril 2016

LET THE SUN SHINE IN

Les beaux jours reviennent, et, sans ironie aucune (ou presque) ça me donne juste envie d'aller courir nue sous les frondaisons. Voici une petite sélection pas bien hype, pas bien récente, mais fort à propos pour aller se rouler dans l'herbe fraîche dans les règles de l'art (avant la prochaine vague de froid sibérien).


Chilli Jesson vous montre la voie

Des anglais, du “rock garage”, signés chez Rough Trade: personnellement il m'en faut peu. Mais si vous souhaitez fêter le printemps autour d'une bière dans un pub à Londres entourés d'individus louches aux dents pétées, vous avez votre bande son.

Don't speak to me in that judgement tone
You're going with me or you're going alone

Cochise – Audioslave: La bourrinade.
C'est le moment tant attendu de ressortir ses lunettes de soleil. On souffle avec un peu d'émotion sur l'épaisse couche de poussière qui s'est accumulée en six mois sur l'étui, avant de poser religieusement ses RayBan/lunettes H&M à 3 euros sur son nez. On passe le pas de sa porte suivi d'une explosion ainsi de Harleys qui sautent dans des cerceaux de feu.

Well, I've been watching, while you've been coughing
I've been drinking life, while you've been nauseous

A Bit of Glue – The Tellers: Colchique dans les prés.
Le morceau mignon et printanier de la liste. Monsieur a perdu son/sa chéri/e et du coup il chouine un peu, sans tout à fait être au trente-sixième dessous. A écouter de préférence allongé dans l'herbe, avec le soleil dans les yeux – je ne plaisante pas, c'est très important.

Oh can't you see that I've tried my best
But now my heart is a bit of a mess



Voilà, comme ça.

Ain't No Rest for the Wicked – Cage the Elephant: Cheveux aux vent, coude à la fenêtre.
J'aime bien les chansons qui racontent une histoire, surtout à propos de gens qui passent vraiment une sale journée. Hop, en trois minutes, on fait un tour dans une vieille bagnole un peu crade sur une route interminable quelque part dans le désert américain – il y a des clichés qui persistent parce qu'ils sont quand même sympas.

You know there ain't no rest for the wicked, money don't grow on trees
We got bills to pay, we got mouths to feed
And ain't nothing in this world for free

Didn't I – Darondo: Le chill mélancolique.
Ce chef d'oeuvre s'écoute en deux temps. D'abord, l'appréciation directe, l'envie de s'arrêter cinq minutes de vivre pour profiter, un peu de surprise. Et puis l'intense nostalgie d'une époque qu'on n'a pas vécu, des vacances qu'on n'a pas prévues, d'amis qu'on ne rencontrera jamais. Parfois les wooowooohooo ne sont pas si entraînants que ça.

Why you wanna leave me baby
I said didn't I treat you right



La classe est ici conséquente.


Vous voilà équipés pour un moment. Vous pouvez retrouver tous les morceaux ainsi que d'autres un peu dans la même veine (à mon sens) sur la playlist Spotify de l'article. N'hésitez pas à me faire part de ce que vous écoutez en ce moment, en attendant je vais faire un feu de joie avec mes manteaux et mes écharpes.